
C'est les crémaillères de Jacques Cœur, et Agnès parée d'or et diamants est assise à côté du roi. Les plats sont délicieux et le vin mélangé avec la bonne humeur fait rougir les joues. La Belle rigole en touchant la main de Charles, tandis que Marie d'Anjou laide et mélancolique dévore tout ce qui se trouve devant son regard. Trois troubadours malins tirent sur les cordes de leurs lyres en chantant des cochonneries. Ces coquins sont assis sur des petits coussins au milieu de la salle. Et Jacques Cœur, fier et heureux va sans arrêt dans la cuisine pour surveiller ses gros cuisiniers moustacheux. Ainsi les assiettes bien remplies sont vite passées à travers la petite lucarne entre la salle et la cuisine. Tout le monde est joyeux et les dames rigolent sur les blagues salasses des messieurs. Charles, assis entre sa reine et sa maitresse parle peu et balade son regard dans les décors. Le roi est étonné de ce luxe, de cette richesse. Jacques Cœur fils d'un pelletier est allé loin, beaucoup trop loin... Maintenant personne n'a autant d'argent comme lui, même le roi. Et la jalousie, cette poison douloureuse crispe son cœur. Le roi se souvient de son exile, de l'instabilité de la reine de ses premiers années... Il se souviens aussi qu'il doit de l'argent à son Argentier...
D'un coup la Maitresse Royale pâlie en attrapant son ventre. Inquiet, le roi fait appeler le docteur... Personne ne comprends rien et la belle torturée par la douleur traîne par terre. Puis, les chevaliers comme des braves pompiers la ramassent en l'apportant dans sa chambre.
Posée sur le lit en écoutant les encouragements du docteur, elle accouche un fœtus mal foutu. Un fœtus à 7 mois sans sexe défini et qui ne vivrait pas. Un fruit de cet amour fautif et humiliant qu'elle vivait depuis des années avec Charles, vieil roi mélancolique. Puis la Mort accompagnée par ses anges sales arrive et s'assoit près de sa tête. Alors, le Docteur donne à sa malade encore une dose de mercure en espérant tuer les vers dans son ventre. Et Agnès compris que sa fin s'approche fait appeler son Charles qui arrive tremblant et effrayé. Il se met sur une chaise et commence à pleurer. Car le Roi, ce veux égoïste n'a jamais su remonter la morale des autres. Au contraire, il profitait de mots charmants d'Agnès en lui offrant des joaillaux. Et triste, avec des larmes coulant sur ses joues ridées, il prends sa main gelée en la demandant:
« Dis-moi quelque chose... ne me laisse pas seule. »
Et sa belle mourante ouvre ses yeux en disant:
« Qu'est ce que tu veut que je te dise? … Je me suis prostituée en étant avec toi... Mais ce ne pas le moment de te raconter mes regrets. Je vais te raconter un conte. Un conte moderne, orientale...
Écoute...
Toi et moi... Nous sommes assis sur le sable, tout près de l'eau. Ce soleil illumine les nuages ronds et blancs comme du pop-corn. Et le vent siffle des mots autour. Des faucons, fiers et libres, volent dans le ciel... Et la mer rappelle un morceau de soie en train de se plier. Ces vagues sont bleues au début, puis violettes, vertes à la fin. Je t'avais dis de venir sur cette plage mystérieuse pour te raconter une histoire... Je mets mes mains dans le sable et je trouve un coquillage. Après, je le tourne entre mes doigts... Une chanson orientale et sensuelle commence à sortir de son intérieure... La mer se tait et je commence mon conte...
La reine d'Égypte, beauté fatale et désirée par tous les hommes sur la terre, s'ennuyait. Pour se distraire, elle décida de prendre un bain dans Nil. Elle mit son maillot de bain deux pièces blanc préféré. Ce jour-là, il faisait très chaud et les grenouilles, fatiguées par le soleil, s'étaient cachées dans l'eau. La reine, profitant de ce moment de solitude, se déshabilla. Toute nue comme Isis-Aphrodite, elle rentra dans l'eau. Mais le dieu Horus, qui volait dans le ciel tel un faucon, l'aperçue. Il plongeât dans les airs pour attraper le maillot dans son bec et le cacher dans son temple. La Reine nageant dans l'eau ne s'aperçut de rien. Mais lorsqu’elle fut sortie de la rivière, elle se rendit compte de la disparition de son maillot. Le dieu Horus apparut alors devant elle en homme musclé avec une tête de faucon. Et la reine, horrifiée par sa nudité, cacha ses seins avec ses mains. Puis, elle cria, énervée :
« Mon maillot de bain a disparu ! Va punir le voleur !»
Horus mentit :
« J'ai vu Anubis le cacher dans mon temple... »
« C'est mon maillot tissé du coton le plus fin de toute l'Égypte ! » S'exclama la reine.
« Viens avec moi, on va le retrouver. » dit Horus, tout rouge devant la nudité parfaite de la reine.
Il prit sa main et atteignirent son Temple situé au bord du Nil. Ils avancèrent dans l’obscurité illuminée par quelques lumières rouges. Des statues d'or les regardaient silencieusement. La reine plissa ses yeux verts cernés de noir. Puis, elle demanda à son guide :
« Mais où est donc mon maillot ? »
« Je te le donnerai si tu acceptes de coucher avec moi... » répondit le dieu à tête de faucon. Puis, il entoura sa taille fine avec ses mains crochues. Charmée, la reine posa sa tête sur lui. Parce qu’il était si viril... A ce moment apparu Anubis qui s'était caché derrière une statue. La reine l'aperçut et le montra du doigt :
« Voilà le voleur ! »
Anubis, mi-homme mi-chacal, répondit :
« Ce n'est pas moi ! C'est Horus qui l'a pris. Parce que tous les deux, on aimera être à toi ! »
La reine voulut s'amuser. Elle oublia sa colère et permis qu'ils lui attachent les poignets... Elle se mît contre une colonne et s’abandonna à leurs passions.
Ayant passé un bon moment, Horus lui rendit son maillot qu'il avait caché. La reine le mît et les deux étoffes blanches devinrent noires. Avec ses cheveux et sont maillot noirs, elle avait l'air d'une panthère. La reine sortit du temple. Cette nouvelle couleur attira les rayons du soleil. Car Ra, le soleil, était son grand amour. »
La musique s'arrêta. Mon histoire aussi. Comme j'aime les mystères, je me transforme en sable et je fusionne avec la terre.
Charles se tait désespéré. Et Agnès se transforme en Marie Madeleine pour partir rejoindre Jésus, son véritable Amour. Les anges de la mort se mettent à chanter une chanson religieuse et la belle en poussant un cris vide ses yeux bleus.
Épilogue
Et ainsi se réalise la prophétie des trois Astrologues. La prophétie disant que Agnès Sorel, fille de Jean Soreau serait aimée par un grand souverain victorieux, en échangeant du sexe contre joailleux, et qu'elle mourrait emprisonnée par une dose de mercure... Et que personne n'apprendrait jamais le nom de ce malfaiteur, payé à son docteur d'exécuter le crime. Alors, les doutes et les supposons continueraient voler comme des corbeaux noirs pendent des années après sa mort. C'est Louis peut-être, ce dauphin exilé à cause de cette amante si importante? Car Louis, cet intriguant la détestait. Ou bien c'est sa cousine, la jalouse Maignelais qui la remplacerait si vite dans les draps royaux? Que trois mois après sa mort! Et Charles il l'a vraiment aimé? Non. Qu'est ce qu'il comprends des sentiments un vieux lapin à l'aise, tranquille dans ses jardins? Roi comblé, jamais connu la solitude, roi entouré d'une reine moche et des maîtresses? C'est bien lui qui a lâché Jeanne d'Arc après sa capturation, en l'abandonnant jugée, torturée et brulée, sans bouger son petit doigt.
Réaction d'un cœur froid, fermé dans un bocal rempli d'une over dose mélancolie. Les romantiques et les troubadours le proclameraient « profondément atteint » du décès de sa maîtresse, car Agnès fut sa grande passion. Mais la passion, ce feu charnel, ce n'est pas l'Amour.